Je suis étonné par le nombre d’athlètes qui ne tiennent pas de journal d’entrainement. Et ceux qui en ont un, y notent souvent très peu d’informations utiles. S’ils ont une mémoire photographique, ils sont excusés, mais pour tous les autres, ce n’est pas professionnel. Si vous voulez donner le meilleur de vous-mêmes (et vu les douleurs et la souffrance ressenties lors des entraînements, j’imagine que vous le voulez), continuez à lire, et puis faites ce qui est  nécessaire.

J’ai des athlètes qui, chaque semaine, m’envoient par mail ce qu’ils ont fait.  C’est très bien pour 2 raisons. Tout d’abord, c’est plus facile pour moi de les suivre, même si je les vois 3 fois par semaine (je vois des dizaines d’athlètes plusieurs fois par semaine, et à mon âge je ne peux pas me souvenir de tout ce que chacun fait). Et ensuite,  ça montre, d’après moi, qu’ils sont sérieux, et qu’ils savent eux-mêmes ce qu’ils ont fait (ils gardent la trace de leurs entraînements).

Le rôle d’un entraîneur est important pour un athlète, surtout quand l’athlète est jeune. Mais après plusieurs saisons, il faut que l’athlète devienne de plus en plus autonome. L’athlète commence alors à faire automatiquement ce qu’il doit faire, et l’entraineur est là pour discuter, le conseiller, lui donner des séances spécifiques. Si l’athlète tient un journal, il peut mieux comprendre ce qu’il a fait, pourquoi il l’a fait et ce qu’il doit faire ensuite. S’il ne comprend pas pourquoi il a fait quelque chose, il faut le demander à l’entraîneur. C’est de cette façon qu’il deviendra plus autonome.

Regardez les extraits qui suivent. Il s’agit des informations que deux athlètes (A et B) ont notées dans leur journal d’entraînement après avoir fait le même entraînement.
A votre avis, quel journal sera le plus utile dans quelques semaines, quelques mois ou quelques années lorsque l’athlète voudra voir s’il a progressé ou comprendre pourquoi il a bien ou mal couru lors d’une compétition ?

Journal de l’athlète A
Lundi
Matin : 30 minutes footing.
Soir : 10 x 400m.

Journal de l’athlète B
Lundi
Bien dormi. Pouls : 48. Poids : 58kg
6h30: 30’ bonne allure (8,1km). A jeun.
Commencé doucement, couru progressivement. Dernier km : 3’15
La cheville va beaucoup mieux – pas de douleur (les renforcements du pied fonctionnent bien)
Renforcements : 2 x [Pompes : 50, Abdos : 50].
Renf. du pied, programme B : 5’

19h00 : Piste. Echauffement : 15’ + gammes. 
10 x 400m (1’). Moyenne : 1’02. Plus rapide : 1’01. Dur - tout seul. Bien travaillé, surtout les efforts 6, 7 et 8. Récup: 10’

22h00: Au lit


Si dans 3 mois, les deux athlètes font des compétitions, est-ce qu’ils pourront mettre leurs performances en relation avec leur entraînement ?

L’athlète B pourra le faire. En effet, il écrit dans son journal le détail de ses entrainements, l’intensité de ses footings, les séances et les renforcements qu’il a faits, s’il a eu assez de sommeil, les fluctuations de son poids et de son pouls, son état général, ses blessures éventuelles, en bref : tout (et probablement aussi ce qu’il a mangé !)

Par contre on ne sait rien de l’athlète A.  A quelle allure a-t-il fait les 400m ? Quel échauffement et quelle récup ? Quelle allure et quelle intensité pour son footing ? 10km/h ? 15km/h ? 18km/h ? Est-ce qu’il s’est trop ou pas assez entraîné la semaine précédente ? Est-ce qu’il fait ses footings plus vite que l’année précédente ? On ne sait rien. Ce sera difficile de comprendre pourquoi il progresse ou ne progresse pas. S’il court mal, tout ce qu’il pourra dire c’est « j’avais les jambes lourdes », « je n’ai pas assez de vitesse », « je ne comprends pas pourquoi j’ai mal couru. »

Le journal de l’athlète est très utile pour l’entraîneur aussi. Dans mon cas, je vois un athlète peut-être 2 ou 3 fois par semaine. Je ne sais pas ce que l’athlète fait les autres jours. Je ne sais pas s’il dort bien et assez, s’il mange bien et pas trop, s’il fait tout l’entrainement qui a été planifié, s’il est fatigué mentalement, s’il a pris un ou deux kilos, s’il s’entraine assez vite chez lui, s’il fait tous les renforcements. Pour un athlète sérieux et qui veut donner le meilleur de lui-même, les séances avec son entraîneur sont importantes, mais elles ne représentent qu’une petite partie de l’entraînement global. Le journal d’entraînement est donc essentiel pour l’athlète et pour l’entraîneur, il va aider l’athlète à donner le meilleur de lui-même.

Le format du journal n’est pas très important : soit un agenda de format A5 avec une page par jour (5€ au supermarché), soit des feuilles dans un dossier, soit un tableau Excel (ça marche très bien, et en plus, c’est facile pour l’envoyer à son entraineur si nécessaire). Si vous voulez voir un extrait du journal que je tiens sur Excel, cliquez ici.  Pour voir un extrait du journal papier, format A5, que je tenais lorsque j’étais plus jeune (et avant l’invention de l’électricité), cliquez ici.  Malheureusement mes commentaires sont en anglais, les distances sont en miles et non en km mais ce n’est pas difficile à comprendre. Ce qui est important, c’est le détail du contenu.

Voici un exemple réel d’un athlète qui a très bien utilisé les infos de son journal. Un hiver, il a fait une super séance de 1000 m (répétitions) à la piste. Il a noté dans son journal le détail de la séance, les chronos, les récups, les sensations. Il a même noté son pouls moyen et maximum pour la séance (ce jour-là il avait décidé de courir avec un cardio). Un an plus tard, il a eu une déchirure au niveau de la voûte plantaire et a raté des mois d’entraînement.  Pendant ces mois de repos forcé, il a fait de la natation et des renforcements tous les matins, et du vélo sur un turbo-traineur le soir dans son garage (avec une boite de conserve dans chaque main). Ce qui était important pour lui était de faire un haut volume d’entraînement à haute intensité. Un soir, alors qu’il aurait du faire la séance de 1000m s’il n’avait pas été blessé, il a fait l’équivalent en vélo dans son garage. Grâce au cardio, il a pu répliquer l’intensité de l’année précédente.  Et si vous avez déjà fait du vélo, vous saurez que c’est difficile de faire monter son rythme cardiaque en vélo comme on le fait quand on court. Résultat : pendant les 3 mois où il n’a pas pu courir, il n’a pratiquement rien perdu, et quand il a finalement repris son entraînement, il n’a fallu que quelques semaines pour qu’il soit à nouveau en forme. En fait, 3 semaines plus tard il était sélectionné pour faire partie de l’équipe nationale de son pays !

Si vous décidez de tenir un journal sérieusement, vous allez très vite voir qu’après quelques mois le journal fonctionne un peu comme un entraineur. Il vous motive (vous devez vous entrainer, sinon c’est difficile de regarder votre journal dans les yeux), et vous pouvez voir si vous vous êtes bien entraînés comme prévu.

A la fin de la saison, et c’est indispensable, utilisez votre journal pour faire le point :
Combien de jours est-ce que j’ai couru cette année ?
Combien de jours est-ce que j’ai ratés pour cause de blessures ?
Combien de jours est-ce que j’ai ratés à cause de manque de motivation ?
Quand est-ce que je me suis entraîné le plus ?
Quand est-ce que je me suis entraîné le moins ?
Quand est-ce que j’ai eu le plus de résultats ?
Est-ce qu’il y a un lien ?
Qu’est-ce que je dois changer pour l’année prochaine ?


Voilà. J’espère que tout ceci va vous motiver soit pour commencer un journal, soit pour améliorer le vôtre. Tenir un journal ne prend qu’une ou deux minutes par jour. Et en plus, quand vous serez vieux, ce sera intéressant de voir toutes les bêtises que vous avez faites quand vous étiez plus jeune ! Ca en vaut la peine.

Bon entraînement !